Le charbon en tant que combustible et source d’énergie est connu et exploité depuis le Moyen-Age. C’est par des affleurements, notamment dans les bassins de houille en Wallonie, que cette roche de combustible fossile a été découverte et utilisée pendant des siècles. Mais c’est l’invention de la machine à vapeur au milieu du XVIIIème siècle qui va véritablement changer les choses. Cette machine capable de transformer de l’énergie thermique en énergie mécanique nécessite une température élevée, la rendant fortement consommatrice en charbon.

C’est ainsi qu’en Europe, d’abord au Royaume-Uni puis en Wallonie et en France, vont se développer rapidement des mines de charbon toujours plus grandes, faisant passer le monde d’une civilisation agricole à une civilisation thermo-industrielle. C’est la première Révolution Industrielle.

Cette page de l’histoire me fascine. De formation scientifique, j’ai été amenée à me spécialiser dans les problématiques énergétiques, qui sont à la fois source du progrès technique, mais aussi du réchauffement climatique. Le rôle de l’énergie dans les deux révolutions industrielles est parfois mis de côté, et négligée face aux inventions qui ont pu avoir lieu en même temps (pour le charbon ce sera par exemple l’arrivée du Chemin de Fer qui révolutionnera en même temps le transport, auparavant limité à la force animale ou humaine). Pourtant, les deux Révolutions Industrielles ont été rendues possibles par l’accès à une énergie abondante et bon marché (via la machine à vapeur puis l’invention de l’électricité pour la deuxième).

Si le charbon lança la machine de la civilisation thermo-industrielle, cette énergie fossile fut remplacée à partir du XXème siècle par le pétrole et le gaz naturel, puis en France par l’énergie nucléaire pour la production d’électricité. Si parfois, en France, nous avons l’impression que l’industrie charbonnière est reléguée au passé, c’est loin d’être le cas à l’échelle mondiale puisque le charbon produit encore 40% de l’électricité consommée dans le monde ! Il est encore fortement utilisé en Chine, en Australie, aux Etats-Unis ou plus proche de nous en Allemagne depuis l’arrêt de leurs centrales nucléaires.

Je trouve l’histoire minière fascinante, car elle dessine notre histoire actuelle et permet de mieux comprendre à la fois le développement de la société capitaliste dans laquelle nous vivons et sa dépendance aux énergies fossiles. Avant le charbon, l’industrie était très limitée bien qu’il existait des entreprises de taille importante notamment dans le commerce. Avec l’exploitation du charbon, c’est la première fois dans l’histoire que devront être mis en jeu des investissements financiers et humains aussi importants. A l’origine, rien n’est automatisé. Les mineurs travaillent dans des conditions extrêmement difficiles et dangereuses dès leur plus jeune âge puisqu’au début le travail des enfants est autorisé. Les coups de grisous sont fréquents. L’histoire de la mine, c’est aussi l’histoire des luttes sociales et du syndicalisme. Petit à petit, les mineurs vont arriver à s’allier pour faire valoir leurs droits. Du XVIIIème siècle à la fin du XXème, la vie des mineurs s’est heureusement améliorée. Peu à peu, la durée journalière du travail est réduite (il faut s’imaginer que dans les premiers temps les mineurs travaillaient jusqu’à 14h par jour !!), puis l’arrivée d’un jour de repos obligatoire, le travail des enfants interdit, les congés payés…

Les techniques se sont également améliorées permettant de réduire les risques et d’améliorer les rendements. La contrepartie est que l’arrivée de machines s’est accompagnée de plus de bruit et de poussière dans les boyaux de la mine, causant à terme surdité et problèmes respiratoires tels que la silicose.

Bref, l’histoire minière est une histoire qui me passionne. J’avais déjà pu visiter le Centre Historique Minier de Lewarde près de Douai et c’est avec impatience que j’attendais la visite de la mine de Blegny où je me suis rendue lors d’un week-end à Liège, et dont la particularité est qu’il s’agit de l’un des rares sites miniers où il est possible de pénétrer dans les entrailles de la mine de charbon.

installation de surface de la mine de Blegny en Wallonie

Blegny-Mine fait partie des 4 sites miniers majeurs de Wallonie classés au Patrimoine Mondial de l’UNESCO en 2012, une reconnaissance qui s’est faite conjointement avec celle du Bassin Minier du Nord-Pas-de-Calais.

La mine de Blegny fût exploitée jusqu’à une profondeur de 500 m. Aujourd’hui seuls les niveaux à -30 m et -60 m se visitent. Avec l’arrêt de l’exploitation de la mine, les pompes qui permettaient d’évacuer l’eau, ont été arrêtées pour des raisons économiques. Aussi, les tunnels situés en dessous de 100 m de profondeur sont aujourd’hui inondés par la nappe phréatique et ne sont donc pas ouverts à la visite.

Il s’agit de la mine la mieux conservée de Belgique, car elle fût la dernière mine de charbon a être fermée en 1980. Mais surtout, son exploitation touristique en mémoire du passé minier fût décidée en 1978, avant la fin de l’exploitation minière. Les premiers visiteurs furent accueillis seulement deux mois après la fin de l’exploitation. Contrairement à beaucoup de sites qui ont pu connaître des périodes d’inactivité, les installations de Blegny-Mine n’ont pas eu le temps de se dégrader.

batiment administratif de Blegny-Mine

 

La visite des installations de surface

En attendant le départ pour la visite guidée, vous pouvez visiter librement les installations de surface et notamment le musée installé au niveau du Puits-Marie ou alors suivre le sentier du Biotope du Terril qui permet de faire le tour du Terril tout en apprenant comment la biodiversité a réussi à reprendre le dessus sur ce terrain a priori hostile. Le circuit permet en option de grimper au sommet du terril par un escalier aménagé ce qui permet d’avoir un beau panorama sur le Bassin Houiller de Wallonie.
Blegny-Mine, comme de nombreux sites touristiques en Wallonie est bien pensé pour l’accueil des familles avec des aires de jeux pour les enfants de différentes tranches d’âge.

Puits Marie

Visite guidée de la Blegny-Mine

La visite de l’intérieur de la mine se déroule uniquement en visite guidée dont les départs sont organisés régulièrement tout au long de la journée (11h, 13h30 et 15h30 avec une visite supplémentaire à 14h30 les dimanches et jours fériés). La visite est réalisée soit par un ancien mineur ou, car ceux-ci sont de moins en moins nombreux, par un guide formé à leur contact.
La visite guidée dure 2 heures. On commence par s’équiper d’une veste et d’un casque avant de descendre par l’ascenseur du Puits n°1. Bien que fonctionnant à une vitesse ralentie pour les touristes, la descente dans la cage en fer à deux étages est vraiment impressionnante, notamment lorsque l’on se retrouve dans le noir complet !

veste blegny-mine

tour du puits n°1
Ascenseur du Puits N°1

La visite de la mine est très émouvante car elle permet d’entrevoir la difficulté et l’ingratitude du travail de mineur de fond. Un travail extrêmement physique dans des conditions d’une pénibilité extrême, dans l’obscurité des boyaux de la mine, entre le bruit assourdissant des machines et la poussière. Sans compter le danger omniprésent du coup de grisou. Cette visite rend hommage à tous ces hommes dont le travail a permis le développement de la société industrielle dans laquelle nous vivons aujourd’hui. La visite est également émouvante car l’histoire de la mine reste récente et marque encore profondément aujourd’hui la Wallonie.

En effet, le besoin en main d’oeuvre était tel que la mine fût une source importante d’immigration. Ce furent les italiens qui vinrent d’abord en nombre. Suite au terrible accident du Bois-Cazier qui causa la mort de 262 personnes dont la moitié d’italiens, l’immigration italienne fût stoppée au profit d’une immigration en provenance de la Grèce, de la Turquie, du Maroc et de bien d’autres pays. Il y avait une grande solidarité entre les mineurs de toutes origines. Le racisme était inconnu ou presque, tout le monde était logé la même enseigne et l’entraide était très importante. Cela explique aujourd’hui pourquoi Liège est une ville aussi multiculturelle.

Intérieur de la mine de Blegny

machine pour percer dans le sol
veine de charbon

 

Waggonets pour le transport du charbon dans la mine

Près de 40 ans après la fermeture de la mine, j’ai l’impression que le temps n’est plus à la nostalgie ou au regret (d’autant plus que les conditions de travail était éprouvante et source de graves maladies professionnelles). Par contre chaque mineur et famille de mineurs garde une grande fierté d’avoir jouer un rôle important. C’est assez terrible de ce dire, que cette page de l’histoire qui nous semble définitivement tournée, est encore d’actualité dans certains pays (que ce soit pour l’exploitation du charbon ou d’autres ressources issues des profondeurs de la terre). Même avec l’amélioration des techniques d’extraction, le travail reste extrêmement dangereux.

La visite se termine par les installations de triage-lavage en surface où le charbon était séparé de la roche stérile envoyé vers le terril. Le charbon était ensuite lavé, trié grâce à un tamis puis stocké en attendant la vente.

gare de triage pour le charbon

triage du charbon en surface
rangement du charbon par calibre

 

 

Le Biotope du Terril

Le Biotope du Terril est un sentier ponctué de panneaux explicatifs autour du terril de Blegny-Mine. Ce terril était initialement formé de deux terrils en forme de cône. Un troisième terril aurait du être créé juste avant la fermeture de la mine, mais pour diminuer les coûts la décision a été prise d’étaler le sommet des deux terrils pour prolonger encore un peu l’exploitation de la mine sans créer une troisième zone de déchargement, d’où sa forme un peu particulière.
Le circuit du Biotope du Terril fait 1 km environ et se parcourt en une petite-heure avec les arrêts audio-guidées. Cette balade est intéressante, car elle permet de comprendre comme une masse de terre inerte (principalement constituée de schiste) peut sans intervention humaine se transformer en quelques dizaines d’années en une forêt, notamment grâce aux bouleaux. Cela ne signifie pas qu’il n’y a pas d’intervention humaine aujourd’hui pour la gestion de ce terril, car elle consiste au contraire à ralentir la progression de la forêt !
Juste avant de finir la boucle, il est possible de grimper au sommet du terril par un escalier aménagé, ce que je vous conseille de faire si vous en avez le courage, afin de profiter d’un panorama à 360° sur le bassin minier de la Wallonie, avec d’autres terrils à l’horizon

Sentier du Biotope du Terril

une forêt de bouleau pousse sur le terril
fleurs poussant sur le terril

 

Panorama sur le Bassin Houiller de Wallonie

 

Où déjeuner à Blegny-Mine ?

Plusieurs options sont possibles pour déjeuner à Blegny-Mine : les tables de pique-nique (vous pouvez apporter votre pique-nique), la. formule brasserie au Puits sans faim (petite restauration/plat du jour) près de l’accueil, ou le restaurant du Chalet pour un repas du terroir (possibilité de menu végétarien). Pour ma part j’ai testé le restaurant du Chalet. J’ai opté pour un plat à la carte, des boulets liégeois, une spécialité typique de la région, le tout accompagné par une bière locale.

Boulets liégeois au restaurant le Chalet à Blegny-Mine

 

Informations pratiques pour visiter Blegny-Mine

Horaires 2019 : visite de la mine tous les jours du 08/04/2019 au 13/09/2019 et tous les week-ends et jours fériés du 09/02 au 01/12/2019. Ouverture supplémentaire pendant les vacances scolaires belges.

Tarifs 2019 : formule de base : adulte 12,5 €, enfant de 6 à 12 ans : 8.90€, seniors (+60 ans) et enfants de 13 à 18 ans : 11€. Cette formule inclut la visite de la mine, la visite des installations de surface et la balade audio-guidée du Biotope du Terril. Il faut compter une grosse demi-journée.
Formule avec le petit train touristique (environ 50 min) : adulte 12,5 €, enfant de 6 à 12 ans : 8.90€, seniors (+60 ans) et enfants de 13 à 18 ans : 11€

Le site de Blegny-Mine est accessible en transport en commun grâce au bus 67 ligne Liège – Visé (terminus Gare Léopold reportée à la place de l’Yser pendant les travaux du tram).Il faut compter une petite heure de bus. Pensez à vérifier les horaires avant sur le site internet du réseau TEC, car il n’y a qu’un bus par heure environ sur cette ligne. Le ticket aller-simple coûte 3,5 € lorsque l’on a pas d’abonnement.

Retrouvez toutes les informations pratiques à jour sur le site internet de Blegny-Mine.

 

Si vous avez aimé cet article, partagez-le sur Pinterest !

Visiter Blegny-Mine, un des sites miniers majeurs en Wallonie

Cette visite a été organisée dans le cadre d’une invitation par Provinge de Liège Tourisme. Je reste néanmoins libre de la ligne éditoriale et les avis exprimés dans cet article sont les miens.