Lors de mon week-end dans l’Aisne, j’ai eu l’occasion de me rendre à Guise pour découvrir un lieu unique au monde : Le Familistère, un projet utopique mené par l’industriel Jean-Baptiste André Godin au XIXème, un projet en avance sur son temps, qui avait pour objectif d’améliorer le niveau de vie des ouvriers en leur faisant bénéficier, de ce que Godin appelle “les équivalents de la richesse” : lumière, hygiène, alimentation saine, accès à l’éducation et loisirs variés. Des choses qui nous semblent basiques aujourd’hui, mais qui ne l’était pas à l’époque (la loi de l’instruction gratuit et obligatoire de Jules Ferry n’arrive qu’en 1882, tandis que le travail des enfants de moins de 10 ans était autorisée par la loi).

Dans cet article, je vous propose d’en découvrir un peu plus sur l’homme et son projet, ainsi que sur la visite de ce site extraordinaire.

 

Qui est Jean-Baptiste Andrée Godin ?

Créateur des poêles Godin, l’industriel Jean-Baptiste André Godin nait à Esquéhéries en 1817 dans une une famille d’artisans très modeste. Il commence sa carrière comme serrurier à l’âge de 11 ans. A 20 ans, il créé un petit atelier de construction d’appareil de chauffage. Grâce à son inventivité, il dépose le brevet de fabrication d’un poêle à charbon en fonte, qui sera à la base de son succès. 20 plus tard Godin est à la tête d’une véritable industrie qui emploie plus de 1000 personnes.

Jean-Baptiste André Godin n’est pas qu’un entrepreneur industriel. C’est aussi un socialiste utopiste dans le sens où il veut véritablement améliorer la condition ouvrière, extrêmement dure à l’époque, de manière à ce que les ouvriers puissent eux aussi tirer profit de la réussite économique de l’entreprise.

Godin est très inspiré par la théorie du philosophe Fourier, qui imagine l’organisation d’une société collective idéale et harmonieuse, le phalanstère. Ce modèle de société, qui ne sera jamais réalisée – les quelques tentatives auront été des échecs – tourne plutôt autour d’une société agricole.

Godin s’inspire et adapte ce modèle de société dans ce qui sera l’une de ces plus grandes réalisations : la Familistère de Guise ou Palais Social. Pour sa réalisation, Godin s’inspire également des cités ouvrières de Mulhouse, mais son modèle est différent : au principe du logement individuel accessible à la propriété, il préfère l’habitat collectif locatif.

Godin va également instaurer des règles permettant d’améliorer la qualité de vie de ses ouvriers : interdiction du travail des enfants de moins de 14 ans, réduction du temps de travail hebdomadaire, mise en place d’un système d’assurance maladie et de retraite pour les plus de 60 ans.

Statue de Godin devant le Familistere

 

Le projet du Familistère de Guise

Le Familistère est ouvert à tous les employés des usines Godin, mais il n’est pas obligatoire pour eux d’y vivre. Néanmoins au vu du confort et de la qualité de vie apporté par le Familistère, c’est un choix de vie que beaucoup feront. De ce que j’ai pu comprendre de ma visite, le projet de Godin était bien moins paternaliste que les cités minières ou les cités ouvrières classiques où l’aspect de contrôle était très présent. De plus, dans le Familistère, tous les habitants étaient logés à la même enseigne : la taille des appartements proposée dépendait uniquement de la taille de la famille et non en fonction du rang dans l’entreprise. Seul Godin, qui habitait également dans le Familistère, avait un appartement-bureau différent.

En effet, les habitants du Familistère deviennent également membres de “L’Association coopérative du capital et du travail” dont les buts étaient à la fois économiques (organisation de la solidarité entre les membres, appropriations du capital par les travailleurs), mais aussi culturels et politiques pour permettre l’émancipation durable de la classe ouvrière.

L’objectif de Godin est de faire des ouvriers de son entreprise de véritables acteurs de la vie de la société Godin, mais aussi du Familistère.

Cette organise possède un fonctionnement assez complexe, mais c’est grâce à cela que le projet a pu survivre à Godin pendant 80 ans.

Détail du théatre du familistere de Guise

 

La visite du Familistère de Guise

Aujourd’hui, on peut découvrir les différents bâtiments qui composent le Familistère : des trois bâtiments d’habitation collectif, des écoles, les économats, un théâtre, une buanderie-piscine, et des grands espaces verts. Renseignez-vous sur les horaires d’ouverture des différents bâtiments qui peuvent varier.

La visite du Familistère commence par un passage par les Economats, les anciens magasins du Familistère, qui avaient pour but de proposer des produits de première nécessité à prix coûtant en supprimant les intermédiaires. Ces bâtiments abritent aujourd’hui l’accueil-billetterie du site et une exposition permanente, que je vous recommande de visiter dans le cadre d’une visite guidée pour mieux comprendre l’homme et son projet.

les économats - Familistère de Guise

Nous avons ensuite visité le Théâtre du Familistère, qui abrite également l’Office de Tourisme de Guise. Les horaires de visite du théâtre sont variables, car celui-ci est encore utilisé aujourd’hui. Les écoles attenantes ne se visitent pas, car sont elles aussi encore utilisée aujourd’hui.

Le Théâtre du Familistere

intérieur du batiment principal du Familistere

L’intérieur du Pavillon Central, abrite un musée sur 4 étages organisé par thèmes qui permet d’en apprendre beaucoup sur le projet du Familistère, son organisation et la vie quotidienne. On découvre par exemple, des reconstitutions d’appartements meublés à plusieurs époques, permettant d’appréhender le confort et le mode de vie des habitants. On découvre également une collection des produits fabriqués par l’entreprise : principalement des cuisinières et des poêles à charbon.

Dans le bâtiment à gauche du pavillon central, on peut aussi visiter l’ancien appartement en dupleix occupé par Godin qui abrite aujourd’hui des salles d’expositions sur l’homme, son projet et son inspiration.

Nous n’avons pas eu le temps de visiter la totalité du musée, car nous sommes arrivés un peu trop tard, et celui-ci fermait ses portes.

Visite du musée du Familistere
collection de poele Godin

En sortant, nous avons fait un petit tour dans les jardins du Familistère. Au bord de la rivière, on peut visiter la Buanderie-Piscine, qui servait de lieu d’hygiène aux habitants, car à l’époque l’eau courante n’existait pas encore. C’est dans ce lieu que les ouvriers pouvaient se laver et laver leur linge.

le jardin du familistère de Guise

 

Le Programme de Restauration UTOPIA

Depuis 2000, le Familistère fait l’objet d’un important projet de restauration : le projet UTOPIA, un projet qui arrive sur sa dernière phase et qui a permis la restauration des bâtiments et du jardin d’agrément. Ce projet de restauration ambitieux mêle à la fois tourisme et vie quotidienne de manière à rester dans l’esprit du Familistère. Ainsi le Familistère continuera d’être un lieu de vie avec une partie consacrée au logement. Un hôtel dans l’aile gauche devrait également ouvrir ses portes d’ici l’année prochaine. Sa particularité serait de proposer différentes gammes de chambre au sein du même établissement : du dortoir aux chambres de standing 3 à 4 étoiles.

 

Informations pratiques (2019) pour la visite du Familistère de Guise

Horaires : Ouvert toute l’année de 10h à 18h. Fermeture annuelle du lundi 24 décembre 2018 au lundi 7 janvier 2019 inclus. Visites commentées, les week-ends, jours fériés, et vacances scolaires de la Zone B à 11 h 30, 14 h 30 et 16 h 00 (durée : 45 minutes).
Tarifs : plein tarif 9€, tarif réduit 4 €, visite commentée : supplément de 2€, gratuit pour les enfants de moins de 10 ans

Prévoir une bonne demi-journée pour la visite complète (visite guidée et visite libre des différents bâtiments et des jardins). Nous avions prévu deux bonnes heures pour la visite avec la visite guidée, mais ce fût trop juste pour tout voir.

Retrouvez toutes les informations pratiques mises à jour sur le site internet du Familistère de Guise

 

 

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Visite du Familistère de Guise dans l'Aisne

C’est article est issu d’un partenariat avec l’Agence Aisne Tourisme, que je remercie de leur accueil. Je reste néanmoins libre de la ligne éditoriale et les avis exprimés dans cet article sont les miens.