Cela faisait longtemps que je voulais lire le témoignage de Jean Christophe Rufin, membre de l’académie française, de son expérience sur le chemin de Compostelle. Je me souviens l’avoir entendu parler de son livre “Immortelle Randonnée” lors d’une émission de la Grande Librairie consacrée à des auteurs de livres de voyage. Je ne suis pas une habituée de cette émission, je suis simplement tombée par hasard un soir en zappant machinalement, et je me souviens avoir été passionnée par son récit.

Le temps a passé et je n’ai pas acheté son livre, je l’ai même complètement oublié. J’avais peur que le récit qui m’avait semblé si intéressant raconté par l’auteur à la télévision puisse apparaître rébarbatif à la lecture. Jusqu’à présent, je n’avais jamais lu de récits d’aventurier, et me je demandais, si malgré mon goût pour la randonnée, je pourrais me passionner pour l’histoire d’un homme marchant, seul, pendant 800 km à travers le nord de l’Espagne.

Mais un jour, en me rendant à la librairie Voyageurs du monde spécialisée dans le livre de voyage (et que je conseille à mes lecteurs parisiens, située dans le quartier Opéra-Pyramides), je suis tombé par hasard sur ce livre qui entre temps était sorti en format livre de poche. Depuis, ayant fait l’année dernière ma première grande randonnée (beaucoup moins impressionnante : après seulement 60 km sur la Grande Traversée du Jura, j’ai du déclaré forfait à cause d’une tendinite aux deux genoux…), j’avais envie d’en savoir plus sur son livre et j’ai utilisé le prétexte du format poche (bien plus facile à lire pour moi dans le métro) pour enfin découvrir ce récit…

couverture du livre immortelle randonnée

Malgré ma mésaventure sur le chemin de la GTJ (je m’étais alors jurée de ne plus jamais m’infliger pareille expérience), je ne peux pas dire que je ne suis pas attirée par l’idée d’un jour parcourir le chemin de Compostelle. Non pas pour des raisons religieuses car je suis athée, mais pour le dépassement de soi que représente la réalisation d’une telle randonnée. C’est vrai que ce qui attire sur Compostelle par rapport à d’autres randonnées, c’est sa renommée. Sûrement l’un des chemins auquel on pense en premier quand on pense “randonnée” (peut être à égalité avec le GR 20 de Corse).

Bref, avant de tenter peut être un jour la grande aventure, j’ai donc commencé par lire le témoignage de Jean Christophe Rufin

Je devrai même dire dévoré car je l’ai lu en moins d’une semaine ! Même si après la lecture de son livre, je suis moins intéressée par le chemin, j’ai vraiment adoré son écriture, légère, drôle, qui porte un regard juste avec ce qu’il faut d’autodérision et se moque, mais toujours avec tendresse, des obsessions des pèlerins, comme celle de ne jamais dépenser un sou de trop !

Jean Christophe Rufin évoque également le cheminement mental de son pèlerinage. J’ai trouvé vraiment intéressant de voir, comment peu à peu, au fil des jours et des semaines, le pèlerin quitte ses préoccupations, pour ne se retrouver à la fin qu’avec une absence de pensée. Ainsi l’auteur fini par conclure que le chemin est en fait “bouddhiste” : « En partant pour Saint-Jacques je ne cherchais rien et je l’ai trouvé. »

J’ai également beaucoup aimé le passage sur le contenu du sac à dos, qui reflète nos peurs. De quoi avons nous peur de manquer ? La réponse est dans le sac à dos. C’est en prenant conscience et en questionnant sur ces peurs, que l’on arrive à s’alléger (au sens propre comme au figuré).

Cependant, sur le descriptif même de la randonnée, je me dis que, finalement, le chemin de Compostelle n’est pas pour moi. En effet, ce chemin possède essentiellement une valeur historique : il est la mémoire du chemin parcouru par les pèlerins de toute l’Europe depuis le Moyen Age pour se recueillir devant la dépouille de St Jacques à Compostelle. Depuis, si le chemin est resté à son emplacement historique, les paysages ont évolués, se sont urbanisés, densifiés… Ainsi, celui qui s’imagine parcourir pendant des milliers de kilomètres un chemin en pleine nature se trouvera déçu. Le chemin traverse aujourd’hui des zones urbaines, des zones industrielles, et ce pendant parfois des kilomètres… Sa description de la traversée de la Cantabrie, ou de l’approche interminables des grosses villes telles que Bilbao en sont de bons exemple.

A choisir, quitte à marcher si longtemps, je préférerais pour cela être au cœur de la nature, et avec des paysages magnifiques de préférence 🙂